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Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 16:59

COTE D'IVOIRE

La Côte-d'Ivoire possède une littérature de premier plan à l'échelle mondiale avec des infrastructures éditoriales solides et des auteurs de grand talent; Le plus connu d'entre eux est sans doute Ahmadou Kourouma avec les Soleils des indépendances (1968), grand classique du continent africain faisant place aux formes orales africaines dans l'écrit en langue française et frappant par son anti-classicisme. Ahmadou Kourouma a obtenu le prix Livre Inter en 1998 pour En attendant le vote des bêtes sauvages.
Il ne faut pas négliger par ailleurs les œuvres maîtresses de Bernard Dadié, journaliste, conteur, dramaturge, romancier et poète qui domine la littérature ivoirienne dès les années trente, et de Loba Aké (L'Étudiant noir, 1960), pour ne nommer que ceux-là.












Ahmadou Kourouma naît en 1927, dans la petite ville de Boundiali . Etudiant contestataire à l’Ecole technique supérieure de Bamako (Mali), Ahmadou Kourouma est appelé sous les drapeaux et envoyé en Côte-d’Ivoire pour participer à la répression du mouvement naissant de libération, le
Rassemblement démocratique africain. Il refuse et, mobilisé dans l’armée coloniale en Indochine, il rejoint son poste uniquement parce que Bernard Dadier, l’écrivain alors le plus célèbre du pays, l’incite à aller y acquérir une formation militaire pour se préparer à la guerre anti-coloniale qu’il croît inévitable. Il poursuit ensuite ses études en France, mais dans un domaine auxquels la plupart des enfants de l’élite africaine tournent le dos: les sciences. Et c’est en tant que
technicien des assurances qu’il regagne la Côte-d’Ivoire au lendemain de son indépendance. Pas pour longtemps: il refuse de «céder à la magie du parti unique, qui voulait qu’il représente la seule forme de pouvoir pour développer le pays», est jeté quelques mois en prison et prend finalement le chemin de l’exil.

Son deuxième retour dans son pays, en 1970, sera presqu’aussi bref. Sa pièce de théâtre, "Le diseur de vérité," publiée en 1974, est jugée «révolutionnaire». Il repart donc 10 ans au Cameroun, puis au Togo jusqu’en 1993, tout en continuant son ascension professionnelle dans des entreprises privées d’assurance. A 72 ans, il estimait que «sa génération s’est d’abord trompée et a ensuite failli». Elle est venue après la naissance du concept de négritude, élaboré par Léopold Sedar Senghor,
«qui avait reconnu au Nègre ses attributs d’homme, mais d’homme inachevé". Nous avons naïvement cru que seule la colonisation empêchait les Africains de devenir des hommes accomplis comme tous les hommes. Par exemple, si des Africains volaient, c’était à cause du colonialisme. Qu’il cesse, et ils se mettraient tous à la tâche. Tout le monde allait se sacrifier pour l’Afrique. Mais nous n’avions pas tenu compte de sa réalité, de sa psychologie." Les Soleils des indépendances "a été le premier ouvrage à souligner que l’Afrique avait une responsabilité dans son malheur: l’attrait de la richesse et du pouvoir avait été le plus fort. Et les intellectuels, comme les autres, n’ont voulu que s’en mettre plein les poches». Et Ahmadou Kourouma d’éclater de ce grand rire limpide qui va si bien à ce géant chaleureux: «Si je n’ai pas cédé à la tentation, c’est peut-être seulement parce que je n’en ai pas eu la possibilité!»

 Couronné par La France avec plusieurs prix litteraires, dont le prix Renaudot et Goncourt des lycéens en 2000
pour "Allah n'est pas obligé" et le prix du livre inter 1999 pour "En attendant le vote des bêtes sauvages", il était profondément marqué par le regain de violence en Côte-d'Ivoire et disait à propos de son dernier roman "Quand on refuse on dit non" lors d'une ses dernières interviews "Je voudrais que le pouvoir le lise. Cela pourrait permettre de réfléchir, de prendre du recul sur la situation, de voir les responsabilités de chacun et ce qui a conduit à tout cela. Je n’écris pas rapidement. J’espère que la situation se sera améliorée avant que le livre se soit terminé." Hélas, il décéde avant d’avoir fini ce livre et l'année 2006 prouve malheureusement que la démocratie n’est pas au bout de ses peines dans un pays encore en proie à la dictature... Il ne nous reste donc plus qu’à espérer que - comme A. Kourouma le disait à propos de l’avenir de l’Afrique - "La rationalité va peu à peu s’y imposer en même temps que la démocratie : celle-ci est encore lointaine mais arrive lentement. Elle ne résoudra pas tous les problèmes, mais nous en avons déjà l’élément constitutif : la parole.". Rêvons donc que - de là où il se trouve actuellement - A. Kourouma verra un jour une véritable démocratie de droit apporter ses bienfaits sur son beau pays de Côte d’Ivoire...


Bibliographie.

Théâtre

    * Tougnantigui ou le Diseur de vérité, censurée au bout de quelques représentations à Abidjan en 1972, reprise en 1996, puis éditée en 1998 chez Acoria

Romans
    * Les Soleils des indépendances (1968, Presses de l'université de Montréal, publié au Seuil en 1970), obtient sur manuscrit le prix 1968 de la revue québécoise Études françaises
    * Monnè, outrages et défis (1990, Seuil)
    * En attendant le vote des bêtes sauvages (1994, Seuil 1999)
    * Allah n’est pas obligé (2000, Seuil)
    * Quand on refuse on dit non (2004, Seuil)

Livres pour enfants

    * Yacouba, chasseur africain (1998, Gallimard jeunesse, coll. Folio Junior, illustrations de Claude et Denise Millet)
    * Le griot, homme de parole (2000, Édition Grandir)
    * Le chasseur, héros africain (2000, Édition Grandir)
    * Le forgeron, homme de savoir (2000, Édition Grandir)
    * Prince, suzerain actif (2000, Édition Grandir)

Par ACS - Publié dans : Littératures
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Mercredi 18 novembre 2009 3 18 /11 /2009 15:40

GUINEE CONAKRY

L'histoire de la littérature guinéenne débute avec l'Enfant noir, roman autobiographique publié en 1953 par Camara Laye. Peu après, en 1960, Djibril Tamsir Niane le suivi avec Soundjata ou l'Épopée mandingue. La production littéraire guinéenne naissante fut cependant rapidement stoppée net par le régime de Sékou Touré. Ce dernier, peu ouvert à la critique, n'avait  pas apprécié les critiques formulées à l'encontre du gouvernement par Camara Laye dans Dramouss en 1966.

Cette sévérité du régime de Sékou Touré explique la faiblesse de la production littéraire de la Guinée au cours des années 70-80. Elle explique également que les écrivains ont été, au cours de cette période, en grande majorité issus de la diaspora (Aloum Fantouré, William Sassine, Tierno Monénembo, etc.).

Le gouvernement guinéen, actuellement plus tolérant, permet à de nombreux écrivains de publier depuis leur pays. Notons par exemple, le cas de Boubacar Diallo qui puise son inspiration dans le surnaturel (la Source enchantée, 1992).
 
CAMARA LAYE

 


Camara Laye est né en 1928 en Guinée et il est décédé en 1980 au Sénégal.

Il est le descendant d'une famille très attachée aux traditions. A la fin du lycée, il  quitte la Guinée pour suivre en France des études de mécanique qui lui valurent un diplôme d'ingénieur. C'est dans ce pays qu'il écrivit en 1953 son premier roman, l'Enfant noir (1953), très autobiographique et dans lequel il évoque son enfance guinéenne.

Ce roman, très apprécié en Europe et particulièrement en France, produit un effet contraire en Afrique. Certaines critiques somme même franchement hostiles. On lui reproche par exemple d'avoir donné une image stéréotypée et idyllique de l'Afrique coloniale, ceci en pleine période de combat pour la décolonisation.

L'année suivante, Laye publia un deuxième roman, le Regard du roi (1954), récit allégorique et initiatique dont le héros, un Blanc qui s'est fait rejeter par ses compatriotes, tente d'accéder à la sagesse profonde de l'Afrique avec l'aide de maîtres spirituels noirs.

En 1956, Laye décida de rentrer en Guinée où il exerça des fonctions importantes au ministère de l'Information. Mais quelques années plus tard, il prit ses distances avec le pouvoir dictatorial et s'exila définitivement à Dakar, où il travailla comme chercheur à l'IFAN. C'est au cours de cette période qu'il rédigea Dramouss (1966), la suite de l'Enfant noir, qui raconte la déception du héros lors de son retour au pays natal. Ce roman, qui tient de l'allégorie et du pamphlet, est en réalité une violente critique contre le régime de Sékou Touré. Publié au Sénégal où il s'était exilé, son dernier livre, le Maître de la parole (1978), est la transcription d'une épopée orale consacrée à Soundiata, empereur mandingue mort en 1255. Fruit d'une enquête de vingt ans menée auprès des griots malinkés, cet ouvrage précieux nous donne accès à l'une des plus grandes chansons de geste de la tradition négro-africaine.

Bibliographie


L'Enfant noir, 1953
Le regard du roi, 1954
Radiance of the king
Dramouss, 1966

Par acs - Publié dans : Littératures
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Mardi 10 novembre 2009 2 10 /11 /2009 15:22

                  Au Salon du Livre à Paris en 2006, l'écrivain nigérien Alfred Dogbé nous transmet le temps d'un entretien son amour de la langue, de l'oralité et de la scène, tout en nous faisant partager son regard intime sur le Niger et plus généralement, l'Afrique. Entre humanité et cynisme.

 Revenons sur votre rencontre avec l'écriture.
J'ai plutôt envie de dire que ça commence par une rencontre avec la lecture. A l'école primaire, un matin un de nos enseignants nous a emmené au centre culturel franco-nigérien de Niamey. On est tous ressorti de la visite avec des cartes de lecteur. A partir de là je n'ai plus cessé de lire tous les livres qui pouvaient me passer par les mains. Chaque fois que je lisais un livre qui me marquait, je me lançais le défi de faire la même chose que cet auteur.
Tout cela a été pendant longtemps une quête clandestine. Je n'osais pas montrer mes textes. En seconde, j'ai commis l'erreur de remettre à mon professeur une nouvelle un vendredi soir. Le lundi matin il est revenu avec nos dissertations et il m'a dit : "Plutôt que de faire l'écrivain, tu ferais mieux de rester un bon élève". Il a jeté ma nouvelle par terre en m'obligeant à traverser toute la classe pour venir la ramasser. Cet épisode m'a ôté l'envie d'écrire pendant quelques années. En faculté, j'ai découvert Césaire et la poésie avec des gens qui la décortiquait tellement bien qu'elle te semble inaccessible. Malgré tout, et je ne saurais dire exactement pourquoi, je me suis remis à écrire en sachant que je n'attendais plus que quelqu'un approuve ou non mon travail. Cela peut paraître un peu désinvolte, mais je sais aujourd'hui que je ne peux pas ne pas écrire.

 Quelles lectures vous ont marqué ?
J'ai lu tout Hugo et même ceux pour lesquels j'exprimais peu d'enthousiasme. Ainsi que la quasi totalité des versions "jeunesse" de la littérature classique. L''Odyssée' par exemple. Aujourd'hui, je me rends bien compte que ces versions étaient simplifiées.
Au lycée, un prof de français m'a fait découvrir le XVIIIe siècle : Voltaire, Rousseau, Maupassant, Zola… Par contre, Flaubert est un auteur que je n'ai jamais réussi à lire. Mais au final, je pense que j'ai toujours été profondément marqué par des gens qui racontent des histoires.
Qu'en est-il selon vous de la responsabilité des écrivains au Niger ?
J'ai, en arrière-plan, des figures fortes comme Voltaire, Zola, Sartre, Camus qui symbolisent pour moi l'engagement de l'écrivain. Mais Je crois qu'il y a une leçon de modestie que le monde moderne nous impose aujourd'hui. Pour faire bouger la société, une bonne ONG est certainement plus efficace sur le terrain que l'intellectuel dans son bureau ou que l'intervention dans quelques manifestations culturelles. Il ne faut pas oublier que le monde a foncièrement évolué. L'action sociale n'est plus le privilège de quelques intellectuels, aussi imposants soient-ils. Il faut donc plutôt être modeste et ce dire que moi auteur, un autre enseignant, un autre syndicaliste pouvons nous rencontrer pour faire avancer les choses. Mais je pense que l'intellectuel est désacralisé, l'écrivain n'a plus le monopole de la vérité sociale ou économique. Au Niger, comme souvent en Afrique, nous avons une société à deux vitesses : il y a la société moderne, avec ceux qui ont été en contact avec les Blancs et donc "peuvent", et les autres. Ce sont ces premiers qui ont la possibilité de contribuer à l'amélioration des conditions de vie au Niger. Par leur formation, leur ouverture sur le monde, leur capacité de mobiliser un certain nombre de moyens. Mais attention de ne pas retomber dans un certain féodalisme dont nous ne sommes pas complètement sortis. Il y a comme une urgence d'enracinement de l'intellectuel dans sa société. Ça passe aussi par la langue, trouver cette capacité à communiquer avec les gens, connaître leurs problèmes et ça, ce n'est pas gagné je crois.
Mêlant humanité et cynisme, votre écriture a-t-elle pour but de mettre en lumière les paradoxes de l'Afrique ?
Il y a un piège qui guette un peu toute l'élite africaine. Elle est ici et ailleurs. Elle veut jouer sur tous les tableaux. D'une certaine façon, c'est un peu la posture du traître. Après, c'est une question de convictions personnelles. Dans l'histoire 'Le Petit Mendiant à la culotte bleue', l'intellectuel tient ce discours humaniste complètement peaufiné mais il est surpris dans un détail anodin de sa vie - il surprend son fils en train de partager son bol avec le jeune mendiant, et sa réaction est l'absolue négation de tout ce qu'il dit. Mais en a-t-il même conscience ? J'essaie de décrire cette espèce de zone incertaine où l'on ne sait plus vraiment comment se construire. Ce n'est pas si évident dans la pratique de se situer dans ces sortes de couches culturelles superposées qui composent beaucoup de sociétés africaines. J'essaie justement de me moquer de ce dogmatisme. L'histoire de ma nouvelle 'La Classe de sciences', illustre particulièrement cela. J'étais alors censeur dans un lycée. Un professeur est venu me voir pour me signaler que cela faisait déjà quelques temps qu'il n'avait pas été payé et que ce matin il n'avait même par pu assurer le petit déjeuner de ses enfants. Je me suis donc débrouillé pour trouver un peu plus de 500 francs CFA (à peine un euro). J'arrive dans sa classe pour les lui porter et je trouve ce professeur qui n'arrive pas à nourrir ses enfants en train de décrire ce qu'est une alimentation équilibrée.
Quel est votre regard sur l'Occident et son comportement envers l'Afrique et plus spécifiquement le Niger ?
J'ai plus envie de décrire ce regard en bien. Le monde qui m'entoure à Niamey, c'est celui de l'Occident. Et quand je le regarde, je me dis Samba Diallo est mort. Samba Diallo, c'est le personnage de 'L'Aventure Ambiguë' de Cheikh-Amidou Kane. Ce jeune homme que toute la communauté forme et envoie en Occident pour s'instruire, apprendre à lire, et revenir reconstruire la société africaine. Si on le prend comme un mythe littéraire, comme un rêve social, ce personnage-là n'existe plus. Aujourd'hui, autour de moi, je vois des jeunes qui veulent partir de l'Afrique comme on sort d'une maison en feu. La question n'est pas de savoir pourquoi on part, c'est juste qu'on ne peut plus rester ici. Quelqu'un comme moi, qui va et qui vient, n'est même plus crédible quand il dit que c'est ici qu'il faut agir. Ils me répondent que c'est facile pour moi dans la mesure où je suis sûr de repartir. Le discours dominant qu'on reçoit en Afrique c'est : "Restez chez vous, ne venez pas nous embêter". Il y a comme une agression, en dépit des volontés ici et là de coopération.
C'est comme la Cosette de Victor Hugo, qui, devant une vitrine, rêve d'une poupée. Il n'y a qu'à casser la vitrine. Aujourd'hui, la violence peut passer pour le seul langage à portée de main. L'Occident ne fonctionne même plus comme un miroir aux alouettes. Les départs sont plus motivés par la situation désastreuse de l'Afrique que par celles des sociétés occidentales. Sur place, en Afrique, il s'agit de réapprendre à regarder autour de soi, à trouver des envies de vivre, de reconstruire, d'agir et aussi d'apprendre à regarder l'Europe comme un ailleurs où l'on peut parfaitement rêver d'aller mais comme un des possibles parmi tous les autres. C'est aussi une forme d'échec du monde éducatif en Afrique. Dès le départ, on reçoit l'Occident comme modèle. Et c'est là-dessus qu'il faut travailler. J'ai parlé avec des gens la veille d'une tentative de voyage clandestin pour l'Europe, ils n'ont même pas le sentiment de prendre des risques. Le risque pour eux, c'est rester sur place et pourrir. Il faut réapprendre à croire en l'Afrique, ses terres, ses ressources. Mais c'est un énorme chantier.
L'écrivain Congolais Alain Mabanckou a déclaré qu'il lui était naturel d'écrire en français parce que les langues africaines sont avant tout orales et que les seuls textes qu'il ait lus dans sa jeunesse étaient des textes français. Vous reconnaissez-vous dans ces propos ?
Il y a quelque chose dans lequel je ne me reconnais pas du tout : sur le fait que les langues africaines soient avant tout orales. Toutes les langues humaines sont avant tout orales. A partir d'un moment, dans l'histoire des langues qui sont aujourd'hui écrites, un certain nombre de raisons objectives, de volontés humaines ont fait en sorte que ces langues écrites sont devenues des instruments de tous les jours. Est-ce qu'en Afrique, cette volonté existe ? Toutes les tentatives ont été alimentées par les rancoeurs anticolonialistes et elles ont échoué. On sent aussi, dans certains projets, la peur d'affronter les querelles et les conflits dus au multilinguisme, comme on peut l'observer dans tous les pays bilingues, même en Europe. La pratique généralisée de l'oralité est un état aussi de ce qu'on appelle l'éducation. Si il y avait une volonté réelle de passer à une pratique de la langue écrite, cela se ferait très vite. En Afrique, il s'agit de pratiquer l'oralité comme un moyen d'échange social. Alors l'oralité de mes textes est une forme du récit. Ce sont deux oralités différentes. La question en Afrique est de savoir comment faire vivre nos langues dans le rapport quotidien avec la langue française, qui est en train de devenir la langue domestique au détriment de tous les autres langages.
En tant qu'ancien enseignant, quel regard portez-vous sur les nouvelles générations du Niger et d'Afrique ?
Si vous regardez les statistiques officielles, vous allez vous rendre compte que nous avons des chiffres galopant de scolarisation, de réussite… Mais c'est souvent bien loin de la réalité. En fait, l'école s'est démocratisée mais sans s'en donner les moyens. Résultat : les classes sont surchargées, les professeurs mal formés, démotivés et surtout précarisés. Et là je suis pris dans cette espèce de paradoxe en me disant que le modèle occidental nous tue mais que nous n'en sommes pas encore sorti. Quelque part, j'ai besoin d'un modèle français ou allemand de gestion de l'emploi qui nous donnerait de l'espoir en Afrique.

 

Propos recueillis par Mathieu Menossi avec la participation de Mélanie Carpentier  Mars 2006.

Par Eric Tefouet - Publié dans : Littératures
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